Épilogue
Le Retour de la Forêt

Asnaë continua pourtant de lutter. Encore. Puis davantage.

Mais chaque année semblait lui arracher un peu plus de vie. Les villages périphériques furent abandonnés les premiers, leurs maisons envahies par les ronces. Puis certains quartiers entiers se vidèrent, portes claquant au vent comme des os desséchés.

Jusqu'au jour où beaucoup comprirent enfin qu'il n'y avait plus assez pour tous.

Alors ceux qui restaient partirent. Vers des terres plus riches. Vers des forêts encore intactes. Vers un ailleurs où l'espoir semblait encore possible.

Asnaë demeura, vide et silencieuse.

D'abord revint l'herbe, haute et sauvage. Puis les mousses recouvrirent les pierres des routes. Des graines, portées par le vent et les oiseaux, germèrent entre les pavés fissurés. Des jeunes pousses apparurent, timides, puis plus hardies. Les racines fendirent les murs des maisons et du temple lui-même.

Les saisons poursuivirent leur course, indifférentes.

Bientôt, une nouvelle forêt naquit, comme elle l'avait déjà fait avant eux. Les arbres grandirent, couvrant les ruines, étouffant les souvenirs de pierre et de bois coupé. Les ponts s'effondrèrent sous le poids des lianes. Le temple, autrefois resplendissant, devint un sanctuaire de racines et de feuilles.

La forêt reprend ses droits sur les ruines d'Asnaë plusieurs siècles après sa disparition.

Il ne resta alors d'Asnaë que quelques descendants dispersés, et une histoire.

Transmise de génération en génération autour des feux.

Car tout finit toujours par disparaître.

Sauf peut-être les leçons que l'on refuse d'oublier.

Car nous sommes les descendants d'Asnaë.

Et ceci est l'histoire de nos origines.

Celles que nous n'aurions jamais dû oublier.